Jadot le lucide
Le leader des écolos-réalistes appelle à un rassemblement de la gauche sans LFI. Les leaders de la social-démocratie seraient bien inspirés de saisir la balle au bond…
Un peu de bon sens politique chez les écologistes : il était temps ! Ancien candidat des Verts, écologiste indiscutable attaché à une gauche du réel, Yannick Jadot officialise la rupture avec LFI et appelle à un rassemblement autour des valeurs de la social-écologie. Voilà au moins un peu de clarté et de lucidité, ce qui nous change des contorsions caoutchouteuses de Marine Tondelier.
Jadot acte la rupture avec LFI
La patronne en titre des Verts a écrit une lettre à tous les partis de gauche, la France insoumise comprise. Comme le faisait remarquer dans le LibreJournal Boris Enet, la démarche est rigoureusement contraire à celle d’une majorité de socialistes, qui ont voté en bonne et due forme pour une rupture nette avec LFI dans cette présidentielle. Indifférente au mépris abyssal que lui témoigne Jean-Luc Mélenchon, Tondelier continue de jouer de la mandoline sous son balcon avec une arrière-pensée transparente : ménager LFI en vue des législatives qui suivront la présidentielle. C’est-à-dire faire l’impasse sur l’élection française décisive pour sauver quelques sièges après la défaite.
Une gauche réformiste à rassembler
Jadot refuse ce scénario sinistre. Il est encore temps, dit-il, de réunir les électeurs de la gauche réformiste autour d’un projet commun, qui laisse largement sa place aux thèses écologistes. Aux européennes, aux municipales, aux législatives, ce courant a montré qu’il existait, que ses idées pouvaient convaincre, que ses propositions rencontraient l’opinion. Dans tous ces scrutins, la gauche démocratique – non-LFIste, donc – a rallié plus d’électeurs que les Insoumis. Pourquoi pas dans la présidentielle ? À condition de s’affirmer et de s’unir. C’est-à-dire de rompre clairement avec la stratégie de l’ex-majorité du PS, emmenée par Olivier Faure, et de la fragile direction des Verts, toutes deux impressionnées par l’activisme agressif de la France insoumise, alors même que cette stratégie d’alliance résignée n’a pas fait gagner une voix à la gauche en dix ans.
Contester à Mélenchon le leadership à gauche
Ce qui trace le chemin : saisir au bond la balle lancée par Jadot et unifier un courant social-démocrate-écologiste autour d’un socle programmatique, en attendant de trancher à l’automne le choix d’une candidature. Ce qui permettrait au passage de contester à Mélenchon le monopole de la parole à gauche qu’il a conquis à force d’outrances et de provocations. Mais sans doute est-ce trop simple pour les stratèges compliqués de cette gauche qui, à force de prudence et d’atermoiements, a surtout réussi à ouvrir un boulevard à la campagne de la France insoumise.



