Le furoncle Alloncle

par Jérôme Clément |  publié le 08/05/2026

Plutôt que de déclencher une polémique partisane et stérile, la commission d’enquête parlementaire sur la télévision aurait mieux fait de s’attaquer aux vrais défis qui attendent l’audiovisuel public.

Charles Alloncle, député UDR et rapporteur de la Commission d'enquête sur l'audiovisuel public, tient une conférence de presse à l'Assemblée nationale, le 5 mai 2026, à la suite de la publication du rapport. (Photo Magali Cohen / Hans Lucas via AFP)

On écrit beaucoup sur le rapport Alloncle, et je n’ai pas failli à la règle dans ces colonnes pour fustiger la malhonnêteté intellectuelle de ce personnage soucieux de se faire connaître par ses provocations, par la publication sur les réseaux sociaux de contre-vérités et par la manipulation des chiffres dans le seul but de discréditer le service public de l’audiovisuel.

Un rapport adopté à une courte majorité

Les conclusions de son rapport, rendu public à une courte majorité, ont suscité un tollé dans la presse, sauf dans Le Figaro. Delphine Ernotte, présidente de FTV, a vu dans les suppressions de chaînes proposées « le plus grand plan social de l’histoire culturelle française ». À l’exception du RN, les formations politiques ont condamné ses conclusions. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a critiqué avec virulence son rapporteur et le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a parlé d’une « occasion manquée ».

De fait, le spectacle affligeant donné par les 264 heures d’auditions et la lecture des 430 pages du rapport et des 69 recommandations montrent qu’il ne traite absolument pas de la seule question qui compte : l’avenir de l’audiovisuel public français.

Les défis structurels de l’audiovisuel public

Mesurons les enjeux : le monde est soumis à des bouleversements énormes en raison de l’irruption de l’IA dans tous les champs de l’activité humaine. Suppression d’emplois, remise en cause de l’utilisation de la télévision linéaire, déferlement de fake news qui produit d’autant plus de désinformation que les services étrangers nous inondent de leurs productions. La question de la vérité devient centrale. Les défis sont considérables.

Si l’on y ajoute la nécessaire réaffirmation de l’exception culturelle, avec ses protections juridiques contre l’impitoyable loi du marché, mission majeure pour défendre nos artistes, nos sociétés de production, nos œuvres, la création française et notre industrie, et, au-delà, notre vision du monde, il y a fort à faire pour défendre notre souveraineté.

Pour réussir, il faut des entreprises stables, ayant une visibilité sur leurs ressources et sur plusieurs années (autrefois on rédigeait un COM, contrat d’objectifs et de moyens), une gouvernance solide à qui l’on laisse le temps de travailler après s’être mis d’accord sur les objectifs. Bref, un cadre de travail permettant à des entreprises entraînées dans ce maëlstrom international de pouvoir encore exister et se développer avec leurs partenaires européens.

Un enjeu démocratique majeur

L’enjeu, c’est aussi la démocratie française, menacée par des irresponsables qui veulent ruiner le service public, garant de la liberté et de l’impartialité de l’information et qui a construit peu à peu des outils qui sont, pour la radio, l’information la plus écoutée des auditeurs et, pour la télé, celle qui participe massivement au débat public et au renouveau de la création française. Les mêmes menaces existent d’ailleurs dans tous les pays dans lesquels l’extrême droite veut réduire au silence les médias indépendants.

Oh, certes, tout n’est pas parfait. Mais faut-il que les arbres cachent la forêt ? Il y a toujours des améliorations à apporter dans des entreprises aussi complexes, des manquements à sanctionner et des actualisations nécessaires. L’État, tuteur, doit y veiller, le Parlement les contrôler et les organes de régulation être vigilants. Ce n’était visiblement pas l’ambition de cet histrion dont le seul mérite aura été de nous rappeler à quel point le service public de l’audiovisuel est vital pour notre démocratie et les méthodes de l’extrême droite méprisables. Nous avons pris la mesure de ce qui nous attend si, par malheur, elle parvenait au pouvoir.

Jérôme Clément

Editorialiste culture