L’Europe dans le viseur des autocrates

par Boris Enet |  publié le 02/08/2026

Principal bastion de la démocratie et d’une certaine idée des relations internationales, l’Union européenne dérange. Autocrates, dictateurs et illibéraux multiplient les provocations, soutenus par les populistes du continent.

Alvise Perez, influenceur d'extrême droite et député européen représentant le parti « Se Acabó la Fiesta », sous protection policière le 1er août 2026 à Ceuta. Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé le déploiement de 60 membres des forces armées et de 30 agents supplémentaires de la Garde civile à Ceuta, après l'entrée de dizaines de milliers de migrants. (Photo Adri Salido / Getty Images via AFP)

Comme le rappelle Pierre Benoît, des dizaines de milliers d’immigrés, pour l’essentiel marocains, ont fondu en quelques heures sur Ceuta, la petite enclave européenne en terre d’Afrique. Qui peut croire que le régime chérifien de l’autocrate et commandeur des croyants Mohammed VI n’en ait rien su ni rien vu ? D’autant qu’en raison de la fête du Trône, le monarque résidait bien dans son pays et non à Paris, comme il le fait souvent. De toute évidence, le déferlement de Ceuta relève du coup monté, même si les réseaux sociaux ont accentué le mouvement.

Ceuta, une provocation contre l’Europe

Ne pouvant s’y dérober, sauf à avouer sa provocation, le Maroc a repris ses ressortissants. Depuis, Rabat se mure dans le silence de l’accusé qui se tait pour ne pas aggraver son cas. Près de soixante-dix personnes auront perdu la vie dans cette folle équipée, la responsabilité en incombant totalement aux autorités marocaines.

Profitant de l’aubaine, le chœur polymorphe des extrêmes droites s’est empressé de dénoncer « l’invasion migratoire incontrôlée », comme s’il s’était agi de cela. Rappelons ici que la plupart des jeunes gens qui ont rejoint Ceuta à la nage sur la foi d’une décision constitutionnelle mal interprétée ont depuis regagné leur pays. Nulle « frontière-passoire » à Ceuta, mais un incident éphémère vite résorbé.

L’Union européenne face aux migrations

Il faut donc le redire : face aux flux migratoires, la seule solution raisonnable réside dans une politique équilibrée de ferme contrôle, qui n’exclut nullement les régularisations maîtrisées, à plus forte raison quand elles s’accordent avec les intérêts sociaux et économiques des pays européens. La légalisation par l’Espagne de quelque 500 000 immigrés en donne la mesure.

Le droit d’asile obéit à une catégorie juridique, inviolable par principe, comme l’exige l’État de droit. Le gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sánchez s’est conformé à cette logique et il est fondé à se plaindre du manque de solidarité de plusieurs de ses partenaires. Bruxelles comme Berlin, Varsovie ou Paris l’ont, à juste titre, soutenu.

L’Union dispose des moyens de gérer collectivement un événement de ce genre, par définition exceptionnel. Elle a prévu de réguler la pression migratoire en répartissant les candidats admis sur l’ensemble de ses territoires, ceux qui s’y refuseraient devant acquitter une participation financière qui soutienne l’effort collectif. Unique sur la planète, cette politique est perfectible, mais elle existe et doit être défendue dans son principe.

« L’ombre du mouvement MAGA sur Madrid » : c’est en ces termes que nos confrères de La Stampa ont justement qualifié l’épisode. L’illustre Ubu de Mar-a-Lago s’est en effet emparé de l’affaire en qualifiant l’incident de Ceuta d’« invasion », pour affirmer contre toute raison que les mêmes phénomènes se reproduiraient aux États-Unis s’il devait perdre les midterms.

Une offensive politique contre l’Union

Pour faire bonne mesure, le département d’État américain veut aussi s’opposer à la nomination du nouvel ambassadeur de France à Washington, tandis que l’offensive anti-européenne a pris une autre forme à l’est de l’Union. Embourbé dans sa guerre sans issue contre l’Ukraine, Vladimir Poutine a expédié un missile balistique en Pologne, afin de tester la riposte commune.

Provocations et mensonges sont les munitions d’une offensive politique tous azimuts qu’on ne saurait sous-estimer. Il n’est d’autre réplique que de lui opposer la fermeté tranquille que confère le fait d’avoir le droit et la raison pour soi, en défense de la démocratie et du droit international. À cet égard, la France montre l’exemple : elle a enfin décidé d’expulser Xenia Fedorova, la propagandiste de Poutine et Bolloré réunis, et de bloquer ses comptes fort conséquents. De la même manière, les GAFAM doivent désormais passer à la caisse à Bruxelles pour avoir violé la réglementation européenne sur la communication numérique. Autrement dit, l’Union européenne n’est plus un géant endormi transformé en lilliputien politique et militaire par ses inconséquences. Forte de ses principes, elle conquiert peu à peu son autonomie.

Boris Enet