L’Iran ou la 7e faillite de Trump

par Sébastien Lévi |  publié le 30/06/2026

Donald Trump a bâti son image sur le mythe du négociateur infaillible. Il a pourtant connu six faillites au cours de sa carrière, et l’épisode iranien, où les réflexes du monde des affaires se heurtent aux réalités géopolitiques, pourrait bien être la septième.

Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, s'est prononcé contre l'accord sur le nucléaire iranien conclu par Trump. Le 23 juin 2026 au Capitole. (Photo Kevin Dietsch / Getty Images via AFP)

Lorsqu’une entreprise fait faillite aux États-Unis, elle se place sous la protection du Chapter 11, l’équivalent de la procédure de sauvegarde en France. Pour le président milliardaire, ce fameux Chapter 11 aura été tout au long de sa carrière un outil lui permettant d’effacer ses échecs et de refaire continuellement peau neuve. En somme, une variante économique du « Game Over » des jeux vidéo, qui ont tant inspiré la communication de guerre de la Maison-Blanche pendant le conflit avec l’Iran.

Trump est habitué à prendre des risques, en raison de son tempérament, mais aussi parce qu’il n’a jamais eu à rendre de comptes dans sa vie. L’incurie du ministre de la Justice de Joe Biden, incapable de le poursuivre pour sa responsabilité dans le coup d’État du 6 janvier 2021, la générosité de son père, qui l’a souvent tiré de mauvais pas, ou encore les procédures juridiques américaines permettant de négocier des transactions financières l’ont toujours sorti d’affaire, malgré des nombreux démêlés avec la justice.

Ce fameux Chapter 11 lui a également permis de ne jamais assumer les conséquences de ses échecs dans les affaires, sanctionnés par six faillites retentissantes. Cela ne l’a pourtant pas empêché d’être élu président sur la fiction de sa réussite d’homme d’affaires. Il est même parvenu à se faire passer pour un homme d’affaire à succès grâce à l’émission de téléréalité The Apprentice, qui mettait en scène un businessman redoutable. Cette émission a largement contribué à façonner le « personnage Trump », celui-là même qui lui a ouvert les portes de la Maison-Blanche, au grand regret de son producteur …

La géopolitique : une gifle de réalité pour Trump

Dans la téléréalité, un épisode chasse l’autre : le rythme est essentiel pour retenir le téléspectateur. La guerre en Iran a fini par lasser Trump, qui cherche désormais à en sortir à tout prix afin d’ouvrir une nouvelle séquence de sa présidence, avec une nouvelle intrigue et de nouveaux personnages. Homme de téléréalité plus que stratège géopolitique, il a sans doute vu dans cette guerre l’occasion de redonner du souffle à son mandat en prenant un risque qu’il croyait limité, surtout après le succès de la capture de Maduro au Venezuela.

Il n’y a probablement pas vu un enjeu géostratégique majeur susceptible de mal tourner, sous-estimant à la fois les risques et la possibilité de l’échec. En diplomatie, il n’existe pas de Chapter 11 permettant de repartir à zéro après une mauvaise décision. Les conséquences d’une faillite géostratégique ne se résument pas à quelques clients floués ou fournisseurs laissés sur le carreau. Elles se mesurent à la crédibilité d’un pays en lambeaux et à la stabilité du monde remise en question, qui seront l’héritage de cette septième faillite trumpienne, la plus coûteuse et la plus dommageable de toutes.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis