Ofer Bronchtein, ou la paix maintenant
Infatigable militant du compromis israélo-palestinien et de la solution « à deux États », Ofer Bronchtein est parti à 69 ans, l’espoir toujours au cœur…
Ofer Bronstein n’avait qu’une patrie : la paix. Cette patrie était double. Par la reconnaissance de l’Autre, elle enjambait la frontière, elle s’étendait entre les quartiers populaires de Tel Aviv et les faubourgs de Naplouse, comme une promesse qui le faisait vibrer depuis tant d’années…
Un artisan des accords d’Oslo
Ofer Bronchtein possédait trois passeports : français, israélien, palestinien. Né à Beer Sheva, dans le désert du Néguev, il avait rencontré Mahmoud Abbas à Madrid au moment où Israéliens et Palestiniens discutaient secrètement des contours des futurs accords d’Oslo. Il fut d’ailleurs condamné pour cela à une peine de prison, Israël interdisant tout contact avec les Palestiniens de l’OLP. Concrétisant une promesse de Yasser Arafat, c’est le même Mahmoud Abbas qui lui remit en 2011 son passeport palestinien.
Fondateur du « Forum international pour la paix », infatigable avocat d’une solution juste entre Israéliens et Palestiniens, Ofer était l’un des visages de la génération Oslo. Il était à Washington, ce 13 septembre 1993, lorsque Rabin et Arafat se sont serré la main devant Bill Clinton. À l’époque, il faisait partie de la délégation du Premier ministre israélien sans pour autant appartenir à son premier cercle. Deux ans plus tard, l’assassinat de Rabin par le militant d’extrême droite Yigal Amir sera pour lui, comme pour beaucoup d’autres, un séisme politique et personnel incommensurable. Il quitte Israël, s’installe en France.
De Paris à Jérusalem, le rôle de passeur
Ceux qui l’ont croisé comme militant du parti travailliste israélien, comme animateur du « Forum pour la paix », plus tard comme conseiller d’Emmanuel Macron, se souviennent de ce personnage hors norme. Ofer détestait la langue de bois diplomatique et, d’une phrase abrupte, il pouvait jouer les grandes gueules. Mais il avait le talent rare de pouvoir parler avec tout le monde. Passeur de mémoire et de paix, il a continué en France ce qu’il avait commencé dans l’entourage de Rabin : gagner sans relâche la confiance pour avancer sur le chemin de la reconnaissance entre les deux peuples.
C’est en 2020, lors de son premier voyage en Israël, que Macron rencontre Ofer Bronchtein. Ce contact avec celui qu’on lui a présenté comme un « activiste » aurait pu n’avoir aucune suite. Le président français a cependant remarqué la facilité avec laquelle celui-ci évoluait entre les délégations, aussi bien à Jérusalem qu’à Ramallah, au quartier général de l’Autorité palestinienne. C’est ce côté « passeur » du personnage qui sera retenu par le Président à un moment où le processus d’Oslo était déjà moribond. La diplomatie française cherchait alors à ouvrir une autre perspective pour relancer les négociations de paix au Proche-Orient.
Après le 7 octobre, relancer la reconnaissance
Après l’attaque terroriste du 7 octobre, vint le temps de la riposte puis de la vengeance. Les images de Gaza sous les ruines étaient l’expression même de la négation de l’Autre pour ceux qui, comme Ofer, prônaient le dialogue.
Chargé par l’Élysée de multiplier les contacts avec les deux sociétés civiles, israélienne et palestinienne, Ofer Bronchtein avait repris, sans le moindre découragement, son travail d’activiste. Il était convaincu que la reconnaissance de l’État de Palestine par la France et d’autres pays pouvait remettre en route un processus.
Ofer Bronchtein était dans la délégation française le 22 septembre au siège des Nations unies à New York. Son regard s’est embué lorsque Macron termina son discours : « Je déclare que la France reconnaît aujourd’hui l’État de Palestine. » Pour Ofer Bronchtein aussi, «le temps est venu ». Dans l’avion présidentiel du retour, l’activiste a eu ces mots devant les journalistes : « j’ai fait le job ». Cette reconnaissance de l’État de Palestine était son combat.
Aussi n’a-t-il jamais regretté que la France pose ainsi des jalons d’une solution à deux États. Sur ce chemin, il confiait qu’il lui était arrivé de ferrailler contre le Quai d’Orsay, qui n’appréciait pas toujours ses manières rugueuses et peu diplomatiques. Alors que l’offensive israélienne débutait en avril contre le Liban, Ofer Bronchtein faisait cette remarque dans sa dernière interview au « LibreJournal » : « Pourquoi punir un million de Libanais en fuite à cause du Hezbollah ? Je ne crois pas que la réponse disproportionnée d’Israël permettra d’atteindre cet objectif. »
Après la disparition, en février dernier, de Leïla Shahid, ancienne représentante de la Palestine en France, celle d’Ofer Bronchtein semble enterrer un peu plus le processus des accords d’Oslo.



