RN-LFI : une seule solution, la récupération
Deux styles, deux façons de récupérer la mise. Dans une courte allocution, Marine Le Pen fait comme si elle parlait déjà depuis l’Élysée. Dans une longue démonstration, Jean-Luc Mélenchon se pose en maître du pays à qui il délivre ses leçons.
Dimanche soir, lendemain des casses et pillages du 17 octobre, le happening est sur LCI. Tandis que les casseurs tentent de s’emparer de nouveau de la place de la République, Marine Le Pen fait, à 18 h, une courte déclaration enregistrée où elle dénonce une crise de confiance qui menace la démocratie. Elle apparaît dans un habit sombre, face caméra, comme lors d’une allocution présidentielle. Et délivre sa parole : « La République est atteinte », dit-elle avec gravité. « La France ne peut s’habituer à de telles scènes (…) Nous payons des décennies de renoncement. »
Marine Le Pen adopte un ton présidentiel
Les deux quinquennats d’Emmanuel Macron sont exécutés sans appel, avec un président qui n’a plus la moindre autorité. Au passage, elle renvoie la responsabilité des exactions à l’extrême gauche et à La France insoumise qui encourage les violences. « Le pouvoir macroniste est à bout de souffle », assène-t-elle avant de clore par un « Vive la République, vive la France » comme si elle s’était déjà emparée de l’Élysée. Marine Le Pen n’a pas seulement fait acte de présence. Elle seule, proclame-t-elle, peut répondre au désordre provoqué par les casseurs qui ont attaqué les symboles de la République et les pillards qui ont vandalisé 1 500 commerces.
Dans la foulée, Jean-Luc Mélenchon lui succède sur la même chaîne de télévision, comme en écho. Lui, au contraire, a choisi de calmer le jeu et de délivrer sa science. Il intervient pendant près de trois quarts d’heure pour faire la leçon à Emmanuel Macron. Lui connaît les manifestations, il en a vu d’autres pendant la guerre d’Algérie, la constitution de la Ve République ou Mai 68. À ces époques, les hommes politiques, dit-il, savaient y faire, rien de comparable avec les incompétents qui nous gouvernent aujourd’hui et qui cumulent les erreurs.
Mélenchon critique le maintien de l’ordre
Souvenez-vous qu’en mai 1968, le préfet Grimaud a tenu les barricades sans que l’on ne déplore aucun mort. Et de faire une démonstration implacable de l’incurie du gouvernement. D’abord la sempiternelle technique de ne pas répondre aux revendications. Macron a bien donné 10 milliards d’euros aux Gilets jaunes, pourquoi pas aux étudiants, lance le leader de LFI, comme si c’était une évidence. Et dans ce pays qui compte 250 000 policiers et gendarmes, pourquoi Laurent Nuñez n’en a-t-il mobilisé que 10 000 dans toute la France alors qu’ils étaient 14 000 seulement à Paris pour la venue du pape ? Le ministre de l’Intérieur a gravement sous-estimé ce qui allait advenir la journée du 17 octobre alors qu’il connaissait pourtant cette date de convergence des colères depuis le 3 septembre.
Et de se lancer, comme un maître d’école, dans une leçon de maintien de l’ordre en détaillant les erreurs qui se sont, selon lui, multipliées. Il aura d’abord fallu trois jours pour donner très tardivement un trajet, ce qui révèle une « incompétence totale ». Ensuite, l’accès était impossible place de la République où les manifestants devaient se réunir en raison des grenades de désencerclement – une aberration – lancées par les policiers. Donc les gens ont été éparpillés tout comme lors de l’arrivée place de Clichy qui était trop petite. Dès lors, impossible de contrôler les casseurs et les pilleurs, qui, livrés à eux-mêmes, s’en sont donné à cœur joie.
Jean-Luc Mélenchon refuse d’aller jusqu’à lâcher que Laurent Nuñez l’aurait fait exprès parce qu’il ne veut pas apparaître comme un complotiste. Il affiche au contraire avec calme l’image d’une personnalité responsable qui, s’il s’agissait de lui, serait en capacité d’apaiser la situation.
Trois mesures face à la crise
D’abord, en donnant satisfaction à ceux qui le réclament pour faire baisser la tension, via trois mesures clés : le blocage des prix (sic) à destination de ceux qui dénoncent la vie chère, la suppression de Parcoursup pour calmer les étudiants et l’indemnisation des commerçants afin de déminer leur révolte qui gronde.
Voici donc un Jean-Luc Mélenchon qui se pose en homme des solutions. Face à Emmanuel Macron discrédité avec seulement 15 % de popularité et dont il rappelle qu’il a appelé à sa destitution dès le lendemain de la dissolution de 2024. Si le président s’adresse aux Français, ricane-t-il, c’est avant de partir pendant quatre jours dans le Golfe et tenter, s’amuse-t-il, de faire baisser le prix de l’essence. Jean-Luc Mélenchon accuse Emmanuel Macron de s’être lancé dans une stratégie de « pourrissement ».
À qui profiteront les exactions du 17 octobre ? À Marine Le Pen, qui s’affiche comme un contrepoint au désordre ambiant, comme l’a très bien dit Laurent Joffrin dans son éditorial ? Jean-Luc Mélenchon veut croire que c’est lui, au contraire, qui récupérera la mise car il est le seul à entendre les revendications légitimes de ceux qui galèrent. « Nous sommes dans une crise de régime (…) Le principe de la démocratie est d’accepter de perdre. Sinon, c’est une dictature », conclut-il. Qu’elle a paru terne et vide de sens, encore moins de vision, la déclaration qui s’en est suivie d’Emmanuel Macron. Dès lors, la question est posée : peut-il tenir encore six mois ?



