Trump en panique
À mesure que les sondages se dégradent, Trump hausse le ton et perd toute mesure. Menaces, provocations, entorses aux règles : à la Maison-Blanche, la peur de perdre semble désormais dicter la conduite du président. Et les midterms approchent.
Dans la litanie des propos baroques, brutaux ou irresponsables de Trump, il devient difficile de conserver sa capacité d’indignation ou de surprise. Cette saturation fait d’ailleurs partie intégrante d’une véritable stratégie politique visant à normaliser l’inacceptable. Mais les sorties du président américain ces dernières semaines sont si outrancières qu’elles ne peuvent rester sans réponse. Elles trahissent aussi une véritable panique.
Le locataire de la Maison-Blanche a d’abord ouvertement évoqué une possible vitrification des villes démocrates de Los Angeles et de San Diego comme un prix acceptable à payer si l’Iran souhaitait attaquer les États-Unis avant d’être lui-même détruit. Pour projeter une image de « force » et de virilité, il a confié à son ectoplasme de ministre de la Défense, Pete Hegseth, le soin d’annoncer que l’exécution du terroriste ayant attaqué une base militaire se ferait par peloton d’exécution et serait publique, comme dans un régime autocratique. Trump a fini par renoncer à cette décision abjecte, non pas par un quelconque sursaut de conscience, mais parce que l’accusé était paralysé des membres inférieurs et que le spectacle de son exécution publique aurait été désastreux pour l’image du président. Il a ensuite clairement laissé entendre qu’il contesterait les résultats des élections si ceux-ci donnaient la victoire aux démocrates.
Au-delà de ces déclarations aussi scandaleuses et brutales qu’antidémocratiques, il a fait diffuser, aux frais du gouvernement américain, des spots électoraux à sa gloire et attaquant les démocrates. Une manifestation presque caricaturale de « L’État, c’est moi », en violation de toutes les règles et normes de la démocratie américaine.
Les urnes sous surveillance rapprochée
Trump a beau affirmer qu’il ne s’inquiète pas d’une victoire des démocrates, toute son attitude traduit le contraire. Ses mises en doute répétées de la régularité du scrutin et ses tentatives de bloquer le vote par correspondance visent non seulement à compliquer la tâche de ses opposants, mais aussi à préparer la contestation d’un éventuel verdict défavorable des urnes, en le discréditant par avance. En cas de victoire des démocrates, Trump perdrait doublement. D’abord, son emprise sur un Parti républicain largement battu diminuerait, et la course à sa succession s’ouvrirait véritablement, sans égard pour lui ni pour ses rêves à peine dissimulés de troisième mandat. Il deviendrait un président affaibli, un « canard boiteux », dans la grande tradition américaine.
La menace des enquêtes
Ensuite, une victoire des démocrates ouvrirait la voie à des enquêtes sur son administration et sa corruption endémique, revendiquée chaque jour par un Trump qui ne cache même plus ses multiples conflits d’intérêts ni son enrichissement indécent, pas plus que celui de sa famille. La corruption est tellement à visage découvert que les démocrates n’auront pas à creuser beaucoup pour la mettre au jour. Encore faudra-t-il que les ministres et les membres de l’administration convoqués acceptent de venir témoigner, ce qui est loin d’être certain au vu du mépris absolu de cette administration pour les règles élémentaires de la Constitution américaine. La remise en cause de la légitimité du scrutin permettrait d’ailleurs de « justifier » un refus de répondre aux convocations du Congrès. Il est possible que ces élections se déroulent sans accroc et que Trump en accepte le verdict s’il devait les perdre, mais cette hypothèse paraît peu probable. Il suffit de se souvenir de sa réaction lors de sa dernière défaite électorale, en 2020, pour prendre conscience du danger auquel font face les États-Unis à l’occasion de ces élections de mi-mandat.



